mercredi 13 novembre 2013

Déclaration d'amour

Il y a des jours comme ça, où j'ai envie de remercier les gens, ces passants anonymes qui partagent un bout de ma vie, de leur dire comme je les aime d'avoir croisé mon chemin.

Comme le type qui a garé sa voiture juste derrière la mienne alors que j'ai un rendez-vous à la maternité (et que je suis déjà en retard) (pipi de dernière minute).
Le jeune en scooter qui "n'a pas vu" le feu rouge et a manqué de coincer son bolide entre mes roues, m'obligeant à freiner d'un coup sec.
Cette femme qui a trouvé que se garer en double-file pour aller à la boulangerie juste en face, c'est plus pratique, et qui se fout de bloquer la circulation (me mettant du coup encore plus en retard).
Les piétons qui pensent qu'ils peuvent slalomer entre les voitures (qui roulent, si elles étaient à l'arrêt ce serait trop facile!) pour aller de l'autre côté de la rue.
Cette bande de prépubaires (insolents) (comme je les aime) qui ont trouvé que la voie de droite est super confortable comme point de rendez-vous et qui ne bouge pas quand tu essaie de les dépasser (les mêmes qui, bien-sûr, te lance un sale regard quand tu les klaxonne pour qu'ils bougent) (et ne bougent pas).
Ces personnes qui, en se garant, prennent deux places dans une rue où chaque emplacement vaut de l'or.

Et quand enfin j'arrive à mon rendez-vous chez la sage-femme, celui du neuvième mois, le dernière étape où tu te dis que c'est une formalité avant d'expulser ta crevette, j'oublie tout ça, toutes ces personnes qui embellissent ma vie. Je suis joyeuse et détendue parce que je sais que la rencontre avec ma poupette n'est plus très loin.
J'aime un peu moins quand, après le premier monitoring, on me dit qu'elle dort un peu trop, quand on me demande d'aller marcher et faire ma prise de sang, de la bouger dans mon ventre et de me mettre sur le côté. Je suis pas très fan non plus quand je vois sur l'appareil que ça ne change rien.
Et je commence même à vraiment détester quand on me met en salle de pré-travail, un deuxième monito scotché sur le ventre, en me disant qu'on préfère vérifier qu'elle n'est pas en souffrance.


A la fin de cette séance (juste un peu) angoissante, je perds mon sourire et ma zénitude quand je vois la sage-femme qui me dit que ça n'a pas changé, et me tend une manette sur laquelle je dois appuyer dès que je la sens bouger.
Je ne repense plus à ces gens qui sont passés dans ma vie juste avant, je pense au petit être qui doit y entrer bientôt.
J'aime carrément pas du tout quand la sage-femme passe en coup de vent dans la chambre pour me dire "je-vais-appeler-votre-médecin-pour-lui-dire-ce-que-je-viens-de-trouver" et repart aussitôt, me laissant pleine de doutes, de peurs, de stress. Je n'aime pas non plus sentir ces émotions monter en moi, je ne dois pas m'inquiéter, elle va bien, je le sais, je le sens. Mais je n'arrive pas à me contrôler, qu'est-ce qu'elle a trouvé nom de dieu?


J'aime un peu mieux quand je vois mon gynéco arriver, me dire que tout va bien, mais je n'aime pas qu'on me renvoie chez moi, sans réponses, sans savoir pourquoi j'y ai passé l'après-midi au lieu d'une petite demie-heure.

Merci aussi à l'Homme, qui a passé une bonne nuit et me la fait savoir en ronflant à en faire trembler les murs, m'empêchant ainsi de dormir (à moins que ce soit le mal de dos, les palpitations, le stress et les contractions).

Aujourd'hui, je m’efforce de me dire que tout va bien, je le sens, il n'y a rien d'anormal. Mais on m'a mis le doute, et on ne m'a pas franchement rassurée, on ne m'a pas expliqué.
Et là, j'aime sincèrement mon docteur de m'expliquer que "les-sage-femmes-ont-paniqué-pour-rien-votre-bébé-est-parfait". J'aime un peu moins les sage-femmes.
J'avais besoin d'écrire cet article pour remercier toutes ces personnes qui font de nos journées des moments agréables (mais si, c'est bien de s'énerver au volant et de se faire insulter par quelqu'un qui ne connaît pas les priorités à droite).
Alors merci à vous tous, qui embellissez ma vie chaque jour, je vous aime.


Laurie, sentimentale

PS: Merci aussi au facteur qui, pour terminer cette journée en beauté, a délicatement glissé la taxe d'habitation dans ma boîte aux lettres.