jeudi 28 novembre 2013

Le petit guide de la mère parfaite

Si tu connais déjà ce blog, tu imagines bien que ce titre est ironique. Non, je ne vais pas t'apprendre à devenir une mère parfaite. Premièrement parce que je n'ai pas la recette. Deuxièmement, parce que si je l'avais, je la garderais pour moi (et oui).
Non, là, je vais te parler de celles qui te glissent des conseils (voire des ordres) pour que tu sois aussi parfaite qu'elles, ces serial mothers qui, entre nous, sont les pires de toutes.


-"Quoiiii? Tu es à deux semaines de ton terme et ton bébé fait plus de trois kilos??? Il est énoooorme. Tu devrais te bouger un peu, faire le ménage, monter les escaliers et même boire de l'huile de ricin". Non, mon bébé n'est pas "énoooorme", c'est juste un beau bébé qui a pris le poids qu'il devait. Ensuite, je préfère les méthodes naturelles pour faire venir ma crevette (et toi à mon avis, tu t'es pas beaucoup envoyée en l'air pour être aussi aigrie). Et pour finir, ton huile de ricin elle va me coller une diarrhée d'enfer pendant deux jours, tout ça pour avoir des "contractions" (autrement dit, les intestins qui se tordent). Je te réponds donc gentiment que tes conseils, tu peux te les foutre au cul les garder pour toi.

- "Moi, j'ai eu 42 points de suture suite à ma déchirure". Cool, merci. Je ne vois pas comment on peut faire tenir 42 points sur cette zone, à moins d'être une jument, mais on va dire que comme tu as souffert plus que toutes les autres, tu es une meilleure mère.

-" Il ne faut pas la prendre dans les bras quand elle pleure, tu vas en faire une capricieuse". Déjà, je gère ma vie et j'élève ma fille comme je veux (je t'épargne le paragraphe où je te dis quoi faire de ton opinion). Ensuite, je ne pense pas qu'un bébé de quelques semaines soit à même de faire des caprices, et je pense encore moins que l'isoler dans sa chambre jusqu'à ce qu'il s'épuise le calme réellement (même si ça fait du bien à tes tympans). Qu'on se le dise, j'ai horreur des caprices, mais à mon avis, un bébé de moins d'un an ne pleure pas pour le plaisir de te voir devenir folle, mais pour exprimer ses besoins, biberon, couche, ou même câlin.

- "Enceinte, on mange sainement, celles qui s’empiffrent de mac do et cèdent à toutes leurs envies sont vraiment égoïstes". Comment te faire comprendre aussi gentiment que possible et avec toute la délicatesse du monde que je t'emmerde? Oui j'ai bu du Coca, oui j'ai grignoté dès que j'en avais envie et oui je me dis que les dix huit kilos que j'ai pris sont dus à la rétention d'eau. Et alors? Au moins je ne suis pas frustrée, et c'est pas pour autant que je n'ai pas pensé à mon bébé. Au contraire, c'est lui qui réclamait.

-"Il ne faut AB-SO-LU-MENT pas lui donner de tétine, après elle ne pourra plus jamais s'en passer". Je n'ai pas encore tranché sur la question, j'attends de voir. Si je peux m'en passer, pas de soucis, mais si je vois qu'elle a besoin de téter pour être apaisée, je n'hésiterai pas. Et j'essaierai de lui enlever avant qu'elle ait quatorze ans.

-"Tu ne dois pas prendre plus de neuf kilos. Un kilo par mois, sinon, c'est vraiment que tu le fais exprès". Euh ... et toi, ta culotte de cheval, on en parle? Que je fasse attention ou pas, j'ai pris la même chose: pas un gramme jusqu'à quatre mois, à partir du cinquième +1 kilo par semaine. L'avantage, c'est que c'était régulier.

-"J'espère que tu ne seras pas une de ces feignasses qui restent en pyjama à la maison pendant des mois, soi-disant pour s'occuper de leur môme". Si tu considères que se lever cinq fois par nuit pour sortir ta boîte à lait, changer huit fois de couches par jour et étendre les deux lessives quotidiennes, c'est être une feignasse, alors je suis navrée de te décevoir, mais si, je vais en être une. Disons que j'ai un peu fait un bébé pour pouvoir m'en occuper. Et pour ce qui est du pyjama, j'ai bien hésité avec la nuisette sexy, mais j'ai peur qu'avec mes jambes douces comme de la laine de verre, ça fasse tâche.

-"Les femmes, avant, elles n'avaient pas de péri et elles sont pas mortes pour autant. C'est purement et simplement pour son petit confort personnel". Généralement celle qui te dit ça n'a jamais eu d'enfant, ou alors elle a menacé tout le personnel de la maternité pendant son accouchement (suppliant probablement au dernier moment qu'on lui pose cette p*tain de péri, mais c'était trop tard). Ce n'est pas parce que tu accouches dans la douleur que tu seras une meilleure mère, même si accoucher "naturellement" c'est très beau, on peut avoir envie de vivre ce moment avec moins d'angoisse et de traces d'ongles dans l'avant-bras de chéri. Si tu me ressors d'autres idées préconçues comme ça, je ne te dis pas ce que je vais te mettre, ni ou je vais te le mettre, mais ce sera sans péri, ne t'inquiète pas.


Alors à toi, chère collègue, voisine ou belle-mère, à toi qui pense savoir mieux que tout le monde ce qui fait d'une mère banale une maman exceptionnelle, permet moi de te dire que tu te fous le doigt dans l’œil jusqu'au coude.
Je n'en veux pas de tes conseils, je ne veux pas les entendre. Tu as souffert plus que tout le monde, tu dramatises ton récit pour qu'on se dise quelle femme extraordinaire tu es d'avoir enduré tout ça. Et moi, je m'en fous. Mais alors royalement.
Je vais avoir très mal, ou pas trop, je ne vais peut-être pas avoir de montée de lait tout de suite, je vais sûrement avoir mon intimité profonde déchirée mais ça ne me stresse pas. Tu vois, toutes tes mises en garde de vieille bonne-femme aigrie, elle ne m'angoissent même pas. Parce que ce sera mon jour, mon accouchement et mon bébé. Pas le tien.

Avant d'être enceinte, je n'avais jamais entendu parler d’aménorrhée, de bouchon muqueux ou encore de méthode italienne favorisant le travail, et pourtant, ça ne m'a pas empêchée de tomber enceinte. Alors franchement, pourquoi ce besoin de donner ton avis sur tout? (et en version massacre à la tronçonneuse) (bah oui, sinon c'est pas drôle).


Laurie, qui attend de souffrir par elle-même