lundi 4 novembre 2013

L'épopée in-utéro

Après la première écho et quelques mesures, on me dit que le petit oeuf que je vois sur l'écran s'est niché là le 11 mars 2013 (on ne m'a pas donné l'heure, dommage). Sortie de la caverne prévue le 9 décembre 2013.

Je passe les premiers mois sans m’inquiéter de le perdre ou pas, sans avoir peur de ce qui pourrait se passer. Ce n'est pas un déni, ce n'est pas un choix, c'est juste que ça ne me vient pas à l'esprit. Et pourtant aujourd'hui je réalise ma chance de ne pas l'avoir perdu, de ne pas avoir connu de fausse couche ou d'arrêt d'évolution. Heureusement que je n'y pensais pas finalement.


Depuis son implantation et jusqu'au quatrième mois, j'ai ressenti des nausées non-stop. J'avais faim mais tout m'écoeurait. Je mangeais mais je n'appréciais pas.
Le petit plus, c'est quand un matin, en allant travailler, j'ai vomi dans le bus à côté d'un homme en costard.
Je commençais déjà à caresser mon ventre, et à lui acheter quelques habits (au bébé qui était dedans, pas au ventre).
C'est aussi à ce moment-là qu'on a appris que tu es une petite fille (j'en étais sûre).


J'ai dû investir dans des leggings de grossesse (la ceinture des vrais pantalons était encore trop large). Je me suis rendue compte qu'il fallait vite faire cet achat quand un jour, en faisant mes courses, j'ai remarqué que les regards se posaient sur mon bas ventre. J'ai regardé, et le bandeau que j'avais mis par-dessus mon pantalon, braguette ouverte (le bouton ne pouvait plus fermer), était remonté sur mon ventre (heureusement que j'avais une culotte).


Elle donne ses premiers coups, je trouve ça magique. Je commence à enchaîner les malaises dès que je suis debout un peu trop longtemps, c'est un peu moins magique. A ce moment-là je ne vomis plus sur les gens, mon ventre s'arrondit, je commence à réaliser que je suis enceinte. Mais je ne sais pas si les gens le savent. On dirait qu'ils s'interrogent: est-ce qu'elle a trop mangé? Est-ce qu'elle est constipée?


Plus de doutes, tout le monde sait que je porte la vie. Je l'ai réalisé quand une caissière m'a demandé de passer devant tout le monde, et quand on m'a laissé une place assise dans le métro (mais pas à la caf, faut pas déconner). Tu pèses déjà 1,900 kilos, et moi ... non je déconne, je vais pas le dire!



Je commence à me sentir légèrement lourde: j'ai l'impression d'être une baleine, obèse de surcroît. Elle donne beaucoup de coups et je trouve ça un peu moins mignon. Je dors mal et je vois que mes pieds ont doublé de volume. Tu pèses 2,300 kilos et mesures 48 cm. Tu vas être un "beau bébé", comme on dit gentiment (en vrai, je vais souffrir ma race pour un bébé qui déchire, littéralement).


C'est aujourd'hui. Je pleure la nuit tellement les remontées de mon estomac me brûlent l'oesophage. C'est bientôt la fin et je commence à être nostalgique, un baby-blues avant l'heure. Elle va me manquer et en même temps j'ai hâte de la voir. Plus qu'un tout petit mois et elle arrive, je pourrais te la présenter et te décrire la couleur de ses cacas.
Tu as hâte, je sais. Moi aussi.


Laurie, poète