mardi 31 décembre 2013

Introspection

J'ai remarqué quelque chose. Pendant la grossesse, on est chiante et on l'assume (mais si). On affirme des choses qui n'ont pas de sens et on se contredit mais on sait ce qu'on raconte. On ne doute pas.
Au moment où le travail commence, on n'a plus aucune certitude. Elles se sont barrées et nous laissent toutes seules, du jour au lendemain.
J'en ai pris conscience quand, à 5h30 du matin, j'ai réveillé mon homme en lui murmurant à l'oreille "Je crois que j'ai perdu les eaux". Comment tu peux croire que tu as perdu les eaux? Parce que c'est assez flagrant dans son genre quand même.
Bref, c'est comme ça qu'on s'est retrouvés à prendre notre dernier petit dej' en tête à tête à 6 heures. Autant vous dire que pour la grosse feignasse dormeuse que je suis, c'était une première.
On arrive à la maternité à 7 heures pour un moment intime, délicat et agréable: l'examen de contrôle, l'état des lieux en quelques sortes. Et la crevette n'est pas prête d'arriver. A tel point que la sage-femme me dit que j'ai dû rêver, si j'avais perdu les eaux, ça se saurait. Je lui réponds que moi, je le sais connasse, mais elle veut faire un test. Test qui se révèle positif, je te l'avais dit, double connasse.
On me dit que je peux aller marcher une petite heure pour accélérer les choses, histoire que sa tête (à la crevette, pas la connasse) fasse pression comme tes doigts sur le tube de dentifrice presque vide.
Quand je reviens après ma ballade dans la rosée fraîche (sur le parking, en fait), on m'installe en salle de travail. Le travail, c'était plutôt pour l'Homme, qui a dû trouver des sujets de conversation pour que j'arrête de lui demander la bouteille de Coca.
La sage-femme arrive et me pose une perfusion pour que j'aie des contractions et que j'accouche plus vite; elle a un apéro à 19 heures et voudrait bien que la crevette arrive avant. Ok, on va faire ce qu'on peut.
Elle revient toutes les heures pour m'examiner et dit à chaque fois que ça n'avance pas assez vite, elle me remet une autre perfusion en me préparant à une possible césarienne.
Je ne suis pas du métier c'est clair, mais pour moi, ça avance plutôt bien. Alors je ne l'écoute plus quand elle me parle. De toute façon je sais ce qu'elle va me dire.
Vers 16 heures, tout s'accélère et je commence à prendre cher, comme on dit. Après plusieurs heures de travail efficace, on s'installe. Je pleure.
Le gynéco arrive et remarque mes jolies traces de mascara qui vont des joues jusqu'au double menton. Il pense que j'ai mal et me demande si ça va. Evidemment que ça va, je suis heureuse, c'est tout!
Pendant les quinze minutes de poussée, mes larmes ne s'arrêtent pas et on en rigole. Tout le personnel parle de vacances ou quelque chose comme ça, je ne sais pas. C'est comme si je n'étais plus là. Comme après un gros pétard.
Et puis vient une autre contraction, je ne le sais pas encore mais ce sera la dernière. Jeudi 5 décembre, 18 heures 33, je pousse, j'y suis, elle arrive, je le sens. On tire fort et on me pose ma crevette. Une petite boulette toute rose, toute propre, la plus belle, évidemment. 3,625kg, 50 centimètres. Je ne sais pas si j'ai pleuré, si j'ai ri, si j'avais mal ou si j'allais bien. J'avais ma fille sur moi, je pouvais mettre un visage sur ce ventre que j'ai aimé pendant neuf mois. C'était magique.


Mais quand on me l'a prise pour aller l'examiner et l'habiller, j'ai réalisé. J'ai vu toutes ces personnes dans la salle, sages-femmes, pédiatre, internes, gynéco, infirmières, qui avant de me dire bonjour, jetaient un coup d’œil à mon entrejambe. Et je crois pouvoir affirmer qu'on perd toute forme de pudeur dès l'instant où ton Homme peut voir le contenu de ta serviette hygiénique. On perd le mystère et le côté sexy aussi. Mais on s'en fout, on est heureux.

Histoire de ne pas tomber dans le récit d'horreur qu'on adorait me raconter quand j'étais enceinte, je t'épargne les péripéties de la péridurale, de l'épisio et du lendemain de l'accouchement. Je suis sympa, hein?!


Laurie, maman