mercredi 15 janvier 2014

Ma bouteille est une connasse

Parce que j'habite dans une grande ville, il faut réfléchir à deux fois avant de faire un bébé. Ou plutôt il faut réfléchir à l'endroit où tu veux le mettre au monde.
Tu as un large panel de choix aussi séduisants les uns que les autres:

- Dans un hôpital qui craint
- Dans une clinique qui te coûte un bras (et un périnée)
- Chez toi
- Dans ta voiture (à cause des bouchons)

Tout ça est très tentant, mais j'ai choisi la deuxième option.
L'accouchement s'est bien passé (et j'ai choisi de n'en garder que les bons moments), la chambre était grande, propre, le personnel (en général) agréable et les repas plus sympas qu'ailleurs.
Pour te faire avaler ton plateau repas avec un faux plaisir, tu as une carte avec les plats que tu choisis quand la nana appelle sur la ligne de ta chambre. T'as l'impression d'être au resto. Mais c'est pas bon.

Bref, accouchement super, très bon séjour, pas de problème grave. Le pied. Pas de raisons de me plaindre.
Oui mais voilà, je l'ai pas pris justement, mon pied.

J'étais perdue, triste, seule. Et j'étais débile aussi. Pourquoi je pleure alors que tout va bien? Pourquoi je ne peux pas regarder mon bébé en souriant, sans larmes dans les yeux? Pourquoi j'éclate en sanglots dès qu'on me demande si ça va?

C'est ça le problème: ça va. Oui, je vais bien. Je suis en forme, ma fille est en bonne santé, j'ai même déjà perdu des kilos.
Mais il y a des moments, des pensées que tu te veux d'avoir eu te traversent l'esprit, et tu culpabilises. Tu ne peux pas en parler. Tu ne peux même pas te l'avouer.

Ce ventre, que tu as aimé pendant neuf mois t'as lâchée. Plus rien. Tu te retrouves avec un corps que tu ne reconnais plus. Tu caresses ton ventre mais il n'y a rien d'autre qu'un vieil utérus défraîchi à l'intérieur.
Tu es là, dans ta chambre, seule avec ce bébé que tu ne connais pas encore, que tu pensais autrement, que tu imaginais différemment. Oui, tu l'aimes, mais lui non. Enfin on ne dirait pas.
Il passe ses jours et ses nuits à hurler, te griffe quand tu le prends dans les bras et refuse ton sein. Alors tu te dis que tu es une mauvaise mère, incapable de subvenir à ses besoins, incapable de le rassurer. Peut-être tout juste capable de l'aimer. Mais pas bien.
Et tout ça tu le garde pour toi, parce que dès que tu y penses, une petite voix te dit que tu ne dois pas te ressentir ça, que ce n'est pas bien pour ton bébé, ni pour toi. Et tu passes tes quatre jours comme ça, entre le bonheur et la déprime, sans comprendre pourquoi tu pleures alors que tes larmes devraient être celles du bonheur.

Et puis un jour, ça va mieux. Tu te dis que tu as tout inventé, que ton bébé ne fait pas exprès de te griffer et que s'il pleure c'est qu'il a faim. Tu commences à savoir le rassurer, à être moins maladroite avec ce petit bout de toi tant désiré, mais difficile à réaliser.

Alors maintenant que ça va mieux, et que je regarde l'étiquette de la bouteille d'eau quotidienne à laquelle j'ai eu droit, je me dis qu'on se fout vraiment de nous.



Non, je n'étais pas bien calée avec des coussins rembourrés, mais j'avais cette p@%* de barre du lit électrique dans le dos.
Non je n'avais pas l'air d'avoir fumé un gros joint.
Non mon bébé ne savait pas faire tchousse avec sa main.
La seule chose vraie, c'est le ventre tout flasque de la dame.


Laurie, en procès avec Evian