lundi 17 mars 2014

La maïeutique (récit d'horreur outside)

Accoucher quoi, le titre, c'était juste pour craner.
Mon accouchement, je te l'ai déjà un peu raconté ici, et  mais je ne me suis pas trop étalée (t'angoisse pas, je vais pas te mettre une photo de mon placenta).

J'avais envie d'en parler déjà pour fixer mes souvenirs quelques fois un peu flous, mais surtout pour que des futures mamans puissent se rassurer, sans qu'on rajoute à la fin de l'histoire l'habituel "t'inquiètes pas, une fois qu'il est là, on oublie tout" (sous-entendu tu vas morfler ta race quand même). Je vais aussi raconter ce qui ne m'a pas plu dans la façon de faire, pas pour effrayer ou angoisser, mais pour que mon expérience puisse servir à d'autres et éviter qu'elles ne regrettent certains passages de ce moment magique.

Aucun rapport mais ça me fait rire


J'ai fissuré la poche des eaux le 5 décembre à 5h30 du matin. Comme c'était très léger et que j'étais en plein rêve (pas érotique, heureusement) (je me serais prise pour une femme fontaine), je n'étais pas sûre de ce que j'avais senti, peut-être que mon périnée me faisait déjà défaut. Je me suis levée et là, plus de doutes, j'avais le comble du glamour dans ma culotte, j'ai nommé le bouchon muqueux (ne vas pas voir sur google). J'ai réveillé l'Homme qui a dit dans la foulée "je vais être papa" (il était temps qu'il réalise).
On s'est préparés et à 7h30, on arrive à la clinique. Je me fais triturer examiner et après avoir remis ma parole en doute en me certifiant que je m'étais sûrement pissé dessus, la sage-femme est revenue avec le test positif: la poche des eaux avait bien été fissurée, mais la tête de la crevette appuyant sur la sortie, elle n'était pas totalement rompue.

Le gynéco arrive, m'examine et me fait mal. Il me dit après coup qu'il vient de me faire un décollement pour "accélérer les choses". Sauf que je ne comprends pas pourquoi, je suis là depuis 30 minutes.
On m'installe en salle d'accouchement, on pose nos affaires (mon sac pour la salle avec brumisateur, lingettes rafraîchissantes pour aisselles en péril, mouchoirs, affaires pour la crevette... et aussi le sac à papa).
On me laisse marcher en me disant de revenir à 9 heures. On va faire le tour de la maternité, on va même dans le parking souterrain. J'ai envie de crier à tous les gens que je croise que je vais accoucher, bordel, c'est un truc de fou qui va m'arriver. Comme ce serait plutôt mal vu, je me contente de marcher en canard en me tenant le bas du dos, faisant mine d'avoir mal pour leur faire comprendre quand même.
En vrai, je me sens super bien, j'ai conscience que je vais vivre un moment magique et je veux profiter de chaque minute. Sur le chemin du retour, les contractions deviennent plus fortes mais quasiment pas douloureuses, je m'arrête le temps qu'elles passent car ça se durcit tellement que j'ai du mal à marcher.

9 heures pétantes, retour dans la salle. La sage-femme m'explique qu'on va devoir me poser la péri pour me rompre la poche des eaux. Je ne suis pas très contente, je voulais connaître mes limites et la demander quand moi j'en ressentirais le besoin. Je fais traîner, je demande à aller aux toilettes (le cul à l'air), à essayer le ballon, à marcher encore. J'arrive avec difficulté à 9h30 et l'anesthésiste arrive. Il a l'air gentil et fait tout pour être rassurant, mais généralement quand les gens font ça, c'est pour te détendre parce que tu as raison de stresser. Le même scénario que dans baby boom: assise, le dos bien rond, relâchez les épaules. J'angoisse à mort. Heureusement, l'Homme a pu rester et me fait des papouilles aux pieds. La sage-femme me parle, je m'en fous. Je n'entends plus rien tellement j'ai peur. J'ose regarder sur ma gauche et je vois l'aiguille, je tremble et j'ai les mains moites. A peine eu le temps de sentir un picotement qu'on me dit que c'est fini, c'est endormi. Je n'ai presque rien senti, et surtout, J'AI PAS EU MAL (dixit la fille qui ne peut même pas regarder quand on lui fait une prise de sang).
Après ça je dois rester allongée, rapport au fait que si je me lève, je pourrais me retrouver les pattes en l'air, mais pas dans le même esprit que pour la conception.

Le ventre qui change de forme

Quelques temps après, la sage-femme vient me rompre la poche des eaux, et comme le dit si bien Chag des lutins, "j'ai l'impression d'avoir partouzé avec toute une cargaison de bidasses tellement je fuis".
La péri fait son effet, je ne sens plus rien. C'est pas que j'avais franchement mal, mais ça fait quand même du bien.
11h, ça picotte un peu, surtout à droite. Je le dis à la sage-femme qui me dit de ... m'allonger sur la droite (mais c'est là que j'ai mal, connasse). Je m'exécute et je douille un peu quand même. Il n'est pas impossible que je verse quelques larmichettes.
Me voyant souffrir (enfin) cette pute la sage-femme me propose de me réinjecter de l'anesthésiant. J'accepte, de toute façon je ne peux même pas me lever pour aller sur le ballon (qui me soulageait pourtant vachement).
Après examen du rythme de la crevette qui dormait en amorçant sa descente, on me pose une perfusion de syntocinon et un masque à oxygène. Je m'inquiète un peu, ça va pas? Pas plus d'infos, son rythme n'est pas très élevé, il faut mieux respirer (pardon) (je ne savais pas qu'on pouvais mal respirer). Après une petite sonde pour me vider la vessie que je ne sens plus, je repars dans mes discussions avec l'Homme. Il s'amuse à guetter les contractions, il les voit sur le monitoring avant que je ne les ressente et ça m'énerve. Je lui dis, il continue. Il adore particulièrement me dire "tu dois avoir mal là, ça monte à 97". Je lui dit de se la fermer, ou il y a une partie de mon moi profond qu'il ne sera pas prêt de revoir (après sa reconstruction). Il se tait.

Les toutes petites contractions qui font pas (encore) mal

Vers 13h, j'ai à nouveau mal, on me remet du produit mais à chaque injection c'est moins efficace, je ne suis maintenant anesthésiée que dans le côté gauche. J'aurais préféré qu'on me la pose plus tard, quand ça fait vraiment mal, pour qu'elle fasse son plus grand effet au bon moment.
Après plusieurs heures d'attente qui sont passées aussi vites que la durée de vie d'un pot de Nutella en ma présence, la sage-femme revient m'examiner et me dit qu'elle voit ses cheveux.
Ça y est, on y est. Jusque là, j'avais pas franchement réalisé que c'était aujourd'hui que j'allais passer du statut de la femme enceinte à maman. Passer d'un ventre à un bébé.
Elle me dit d'essayer de pousser pendant les contractions "juste pour voir", et comme je pousse plutôt bien (ouf), c'est efficace et on s'installe. Petit moment de stress: est-ce que je vais savoir pousser? Est-ce que je vais avoir mal? Est-ce que mon bébé ira bien? On s'installe et je commence à ne plus être totalement là, j'ai pas mal de trous noirs de ces moments. Le corps fabrique une hormone censée nous aider à gérer la douleur en nous mettant dans un état un peu second. Ça a plutôt bien fonctionné avec moi.
Je commence à pleurer parce que je réalise que je vais rencontrer ma fille, mon bébé-concept qui va devenir réel, je suis tellement heureuse (et un peu défoncée) que je pleure pendant toute la poussée, ce qui ne manque pas de faire rire le personnel.
18h15, je commence à pousser, apparemment je fais ça bien, on voit presque déjà sa tête. Je me souviens des cours de prépa où on nous disait qu'entre 2 respirations il ne faut pas trop relâcher, sinon la tête remonte. J'applique à la lettre et j'arrive à pousser 4 fois par contraction. Je me détends de la fesse et ça marche encore mieux.
La péri ne fait quasiment plus effet, mais je ne pense même pas à la douleur. Je ne me souviens même plus si j'ai eu mal, j'étais dans un état second.
Je plane, je ne me souviens pas de tout, c'est surtout l'Homme qui m'a raconté. En plus je ferme les yeux.

On va enfin la rencontrer

C'est alors que pendant la poussée, j'ouvre les yeux et je vois la sage-femme faire non de la tête en regardant le gynéco, et en appuyant fort sur mon ventre. Je pousse, et j'entends un petit "crouac". Je regarde l'Homme et je comprends que je viens d'honorer le titre de ce blog: j'ai eu une épisio.
Je m'en fous, je pousse encore une ou deux fois, et je sens une énorme pression quand le gynéco tire ma fille pour me la poser sur le ventre. Je crois qu'on pleure tous les deux, je ne réalise pas. J'ai tout à découvrir, tout à apprendre.

Elle pleure, elle est belle, elle est rose, tout va bien. On me la prend pour la nettoyer et l'habiller (dans la même pièce) et pendant ce temps je me fais recoudre. Je n'en ai que très peu de souvenirs, je ne sais même pas ce que j'ai raconté ni combien de temps ça a duré. Etant donné que mon fondement n'était plus anesthésié, l'aiguille commence à picoter, mais je regarde ma fille se faire examiner, faire ses premiers réflexes de pas et je n'y pense plus. L'Homme va à droite, à gauche, on dirait qu'il est chez lui. Il est un peu euphorique, comme un gamin. J'ai l'impression que ça a duré 5 minutes à peine, mais après vérification, je me suis fait tricoter pendant 20 minutes. Je n'ai pas vu le temps passer, vraiment.
Problème de cordon avec ma fille, apparemment il est gros au niveau de son nombril avec du sang dedans: c'est un anévrisme du cordon, une veine a éclaté pendant la naissance, peut-être à cause d'une pression pendant le passage dans le bassin. La pédiatre vient nous voir après examen du cordon, du sang (s'il est fluide ou coagulé) et nous dit qu'on a eu de la chance, si c'était arrivé dans mon ventre, on l'aurait perdue. Comme ça, froidement. J'ai presque l'impression que je dois m'excuser. Mais je m'en fous.
En câlinant mon bébé tout neuf, je remarque une tout petite boule à côté de son oreille, elle subira une échographie des reins le lendemain pour vérifier qu'il n'y a pas d'anomalies. Tu ne vois pas le rapport? Moi non plus, mais j'ai dû attendre avant qu'on me l'explique enfin: les oreilles se forment en même temps que les reins, donc s'il y a un problème à l'un, on vérifie qu'il n'y en ait pas à l'autre. Finalement, tout va bien.

Une fois qu'on la repose sur moi, je m'attends à ce qu'on m'aide à la mettre au sein mais non. J'attends un peu, j'examine mon bébé, j'essaie de réaliser. Je demande de l'aide, on me dit que quelqu'un vient. Deux heures plus tard, personne, je redemande. Finalement, personne ne viendra m'aider. L'Homme se sentait trop maladroit, ne savait pas comment s'y prendre pour qu'on puisse faire la tétée d'accueil et moi je suis trop fatiguée, et je plane toujours un peu. Après les deux heures de surveillance obligatoires, on m'examine (et on me sonde, ce qui fait bien mal sans anesthésie), on doit me garder car je fais une petite hémorragie et des caillots se forment.


On me remonte enfin dans ma chambre à 21h. Je suis installée, l'Homme part chercher les affaires dans la voiture et une infirmière vient m'aider à me lever pour que j'essaie d'aller faire pipi comme une grande. Je me lève, on plaisante et je m'évanouis. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois. Elle appelle l’anesthésiste, je m'excuse et je dis que ça va mieux. On rigole un peu et je me relève. Je retombe dans les pommes. Une fois, deux fois. La deuxième fois, je ne me relève pas, je ne suis plus là. Quand j'ouvre les yeux, j'ai deux infirmières et un anesthésiste au-dessus de moi, les jambes sur la poubelle et mon bébé qui hurle. Je me sens repartir, alors inconsciemment, par réflexe, je fredonne, ça me maintient dans la réalité. Je sais que ma fille a besoin de moi, je dois rester là. L'Homme revient dans la chambre et me voit par terre, il ne comprend pas. On ne lui explique pas. Heureusement, une des infirmières était un amour, elle me parlait, me faisait rire, me rassurait. J'étais en anémie sévère et en hypoglycémie (0,47g, autant te dire qu'avec mon régime spécial, ça ne m'arrive jamais). On me donne une compote et une mousse au chocolat et on me remet dans le lit avec interdiction de me lever pendant 24 heures. Chouette, je vais avoir le droit de faire pipi dans la cuvette.


Le reste, je t'en ai déjà parlé ici, difficulté d'allaitement, personnel pas toujours top, bébé ultra nerveux. Mais je m'en fous, je suis heureuse malgré ce putain de baby-blues. Pour ce qui est de l'allaitement, je sais aujourd'hui ce que je veux et que j'exigerai pour un deuxième: la mise au sein le plus rapidement possible après l'accouchement ET un examen de la bouche si ça ne fonctionne pas malgré la montée de lait.
Figure-toi que 3 mois après avoir fait le deuil de mon allaitement raté, après m'être culpabilisée et détestée de ne pas savoir nourrir mon enfant, on découvre chez le pédiatre que le frein de sa langue est trop long, il va jusqu'au bout de la langue ce qui lui fait un effet langue de serpent quand elle la tire. C'est mignon, pas de soucis. Sauf que ça lui empêche de la lever complètement et qu'elle ne peut pas bien plaquer sa langue pour téter. On s'en rend compte 3 mois après alors que c'est un examen qui doit être fait à la naissance.
Aujourd'hui j'essaie de me dire que ce n'est pas de ma faute, mais je m'en veux toujours de ne pas avoir vu ça plus tôt. Je leur en veut encore plus car c'était à eux de le voir.

Ce que j'aurais aimé (et que j'exigerai pour un deuxième), c'est d'avoir plus d'explications, de pouvoir avoir la péri quand moi je le décide, qu'on me dise avant de me couper que je vais morfler les 15 prochains jours (je rigole) (ça dure 1 mois) et surtout qu'on m'aide quand je le demande.


Voilà mon vrai récit d'accouchement. Pas de détail caché, pas de souffrance dissimulée, tu sais tout. Ça fait mal, oui, mais on plane et on est déconnectée. Ou plutôt on est connectée à son bébé, on l'aide à traverser ce qui est la première grande épreuve de sa vie. Si je le pouvais, j'accoucherai demain, après-demain et le sur-lendemain tellement j'ai aimé ça. Je ne sais pas si pour un deuxième ce sera pareil, parfois j'ai peur de l'aimer moins car c'est ma fille qui m'a fait découvrir toutes ces sensations. Mais j'aurais bien le temps de me questionner le moment venu, pour l'instant je profite à fond, et je la respire dès que j'en ai l'occasion.


Première photo dévoilée de la crevette


Laurie, chamallow