samedi 8 mars 2014

Lettre à mon bébé

Ma petite douceur,


          Comme toutes les petites filles, j'aimais jouer à la poupée. Sauf que j'ai aimé y jouer jusque très tard. J'imaginais toute la vie qui allait avec, un mari, une maison, un travail et des enfants. J'étais heureuse dans ce monde imaginaire, cette bulle d'enfant de laquelle je ne voulais pas sortir.
          Puis, en grandissant, j'ai eu des amoureux. Mais l'amour ne se retrouvait que dans le nom, pas dans la relation. Des parents divorcés et des chéris qui te persuadent qu'avoir des enfants, s'installer signe la fin d'une histoire m'ont fait douter de mes croyances d'enfants. J'en voudrais, mais je m'imaginais que le prix à payer était de les élever seule.


          Quand j'ai rencontré ton papa, j'avais toujours cette envie en moi mais j'essayais de la faire taire, de la retarder au maximum pour obéir aux règles de la société: profiter de ma jeunesse (ça veut dire quoi en fait?), être installée, mariée, avoir un métier stable et des économies. On peut dire qu'on n'a pas attendu tout ça. Et tant mieux, car sinon, tu n'aurais peut-être jamais été là.
Après plusieurs discussions et envies de bébé lancées à la volée, il s'est enfin dit qu'il n'y avait peut-être pas de bon moment. Que c'est toujours le bon moment.
          Le jour où j'ai appris qu'au creux de moi, au plus profond de mon être s'était niché un mélange de notre amour, j'étais la plus heureuse. Enfin. J'allais pouvoir connaître cette relation inexplicable, cet amour inconditionnel. J'allais pouvoir essayer de réussir là où mes parents avaient échoué. J'allais pouvoir y croire, de toute mes forces.
          Pendant ma grossesse, je jonglais entre euphorie, peur, impatience, énergie, angoisse, fatigue. J'avais hâte de te rencontrer et parfois, je me demandais si j'avais bien fait de te réclamer, si ça vaudrait le coup de prendre le risque de perdre mon Homme pour gagner un bébé. Et puis tu es arrivée. Je n'ai plus eu de doutes, plus d'interrogations: je savais que j'avais fait là le meilleur choix de toute ma vie.


         Nos débuts ont été difficiles. Tu étais un bébé nerveux, tu refusais le sein, tu pleurais tout le temps et ne dormais jamais. Je me suis posé des questions, je m'en suis voulu. Est-ce que c'était de ma faute? Est-ce que je ne t'avais pas montré à quel point je t'aimais déjà quand tu étais dans mon ventre? Peut-être que je ne t'ai pas assez préparée à ta sortie, pas assez parlé, pas assez dit que tu étais attendue. J'avais pourtant l'impression que tu le savais. On communiquait à notre façon, je te parlais, je te chatouillais et je pouvais sentir un petit coup (parfois pas si petit que ça). Je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir, de me dire que ta nervosité est de ma faute, que j'ai peut-être raté ta sortie de moi, ton arrivée avec nous.
J'avais tellement idéalisé notre relation, je nous avais imaginé complices dès tes premières secondes de vie, accrochée à moi qui pourrait te câliner chaque jour. Peut-être que je me suis forgé une idée trop précise, un idéal que tu as remis en question. Et c'est tant mieux.

        J'ai dû apprendre à te connaître, à te calmer, à supporter tes pleurs inconsolables, à accepter de ne pas toujours pouvoir te calmer. Aujourd'hui, ça nous a rendu plus fortes. Je ne dis pas que le plus dur est derrière nous, je ne sais pas ce qui nous attend. Mais je sais que ce que je fais est ce qu'il y a de mieux pour toi, car je le fais avec mon cœur de maman, mon instinct animal qui vient te renifler et écouter ta respiration la nuit. Tu sais que je t'aime, et je crois que tu m'aimes aussi. Je le vois dans tes sourires et dans tes yeux qui pétillent. Je le vois quand tu gazouilles et que tu m'appelles dès que je ne te regarde plus. Je le vois dans ton évolution, c'est notre réussite à toutes les deux.

       Depuis que tu es là, je me sens comblée, épanouie. Tu as fais de moi une maman, mon vrai moi, le moi profond qui a toujours été là, celui qui se cherchait. Aujourd'hui, je me sens complète.
Il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais le meilleur nous attend, chaque jour est un bonheur. Je serai peut-être dure avec toi, peut-être un peu trop ferme ou incohérente les jours de grande fatigue. Je ne serai sûrement pas une mère exemplaire, je ne veux pas l'être. Mais j'essaierai de toujours faire au mieux, de prendre les décisions qu'il faut pour que la vie qu'on t'a donnée avec ton papa te soit la plus douce possible, mon amour.




A toi, mon petit bout qui sera un jour une femme, sois la plus heureuse, je passerai ma vie à veiller là-dessus. Je vis en toi et je vis pour toi.



Laurie, ta maman