jeudi 10 avril 2014

Périple d'un fondement charcuté - Tome I

Je procrastine, oui.

Je ferai la poussière demain.
J'irai à la pharmacie la semaine prochaine.
Faire le plein peut attendre.
J'ai mal au doigt de pied mais ça va guérir (ça fait 3 mois).
Je repousse les appels pour prendre rendez-vous.

C'est ce dernier point qui me pose aujourd'hui problème. Je m'explique.

La ruche



Lors de son périple qu'on appelle venue au monde, ma crevette a d'abord montré sa mèche de cheveux, puis le haut de sa tête. C'est là que j'ai senti un petit "crac". J'avais offert le privilège au gynéco (que l'on appellera Docteur Vintage) (c'est plus joli que "ringard") (je t'expliquerai pourquoi) de marquer mon fondement à vie.
Le lendemain a été difficile. Non je déconne, c'était la boucherie.
Pendant trois semaines, je n'ai pu m'asseoir que sur une bouée et j'ai dû inventer des excuses sur les raisons de ma démarche de canard-qui-s'est-fait-ramoner-toute-la-nuit aux gens pas assez intimes pour que j'entre dans les détails.

Deux, trois mois plus tard, ça allait plutôt bien. J'avais même remis un string une fois. Une petite gêne sans plus quand je restais trop longtemps debout, et un regard noir charbon quand l'Homme voulait jouer au docteur un peu trop fort.


Mais voilà qu'il y a une semaine, j'ai vraiment très mal. Genre ton périnée sert de trampoline à tes ovules. Du coup je marche moins (je passe de 47 à 23 pas par jour), j'évite de rester trop longtemps debout (je passe au Drive plutôt que de faire la queue) et je m’assois uniquement sur mon ballon.


Hier, je prenais ma douche (je te passe les détails) (viens en MP si ça t'intéresse) et je sens quelque chose de chaud qui commencent à couler sur mes joues. C'était pas de la sueur, mais des larmes. J'avais vraiment très très mal. J'ouvre la porte pour prévenir l'Homme, et je glisse le long de la colonne d'arrivée d'eau telle une gogo danseuse contre sa barre (en moins glamour peut-être) (remarque, c'est pas glamour non plus). Une fois, deux fois. Mes jambes sont comme anesthésiées, ça me rappelle presque la péridurale.
Je me couche et demande qu'il me passe une culotte (le string c'est fini pour le moment), histoire de garder un peu de mystère si je tombe à nouveau les pattes écartées.

L'avantage dans l'histoire, c'est que j'ai pu dormir cette nuit-là et qu'il a pris le relais (enfin jusqu'à  quatre heures) (après il devait penser que c'était le début de ma journée).
J'ai appelé le Docteur Vintage pour le voir le matin même, mais sa secrétaire me dit qu'il ne consulte pas le jeudi car il est à l'hôpital. Soit. J'appelle l'hôpital pour avoir un rendez-vous. Ils ne donnent pas de rendez-vous, je dois venir directement aux urgences. Je n'aime pas ça, c'est pas une urgence.
J'appelle un deuxième gynéco qui ne peut pas me recevoir aujourd'hui non plus, encore moins vu que je ne suis pas une de ses patientes. Elle me dit que je dois aller aux urgences. Je n'aime vraiment pas.
Je me souviens que j'ai un super généraliste qui connaît tout depuis plusieurs années. Je l'appelle et je lui explique. Il me dit qu'il vaut mieux que je me fasse ausculter par un spécialiste, que je dois aller aux urgences.

Bon. Après 3 avis différents et les "je te l'avais dit" de l'Homme, je me résigne à y aller.

J'arrive à l'accueil général, c'est la secrétaire que j'avais eu au téléphone. Elle m'envoie au pôle maternité, là où on s'était rendus quand j'avais perdu les eaux. J'arrive, personne. Je fais un tour dans les couloirs à la recherche de personnel et je tombe sur une infirmière qui me dit de sonner une sage-femme (alors que je devais voir un gynéco). Je sonne. Personne.
Je vais m'asseoir et une autre infirmière me demande ce que je fais là (un pèlerinage peut-être?), elle appelle elle-même les sages-femmes qui arrivent enfin. J'en vois une à qui j'explique mon problème, elle me dit qu'elle revient. Puis une deuxième, et une troisième. Elles doivent toutes revenir mais ne reviendront pas.
Au bout d'une heure, une nouvelle sage-femme me reçoit (la même qui ma accouchée, un peu molle, qui ne me croyait pas quand je lui ai dit que j'avais perdu les eaux) (et qui voulait que j'accouche vite parce qu'à 19h elle avait un apéro). J'explique pour la énième fois ce qui m'amène.

Ah oui, c'est embêtant.
Ouh, c'est là que vous avez mal?
Oui je vois, c'est enflé et c'est irrégulier.
Vous n'avez pas de fièvre, c'est pas infection.
Vous avez mal dedans ou au périnée?
Ah, les deux...
Tant que vous n'avez pas mal quand vous êtes debout!
Ah si, ça vous fait mal?
Bon, je ne vois rien.
Il faut avancer votre rendez-vous avec le Docteur Vintage.
Vous voulez du Doliprane?




Je ne voulais pas venir, j'aurai mieux fait de rester chez moi.
Résultat, j'ai toujours mal (surtout le soir) et je ne sais pas la raison de ces malaises, ni de ma douleur.


Aujourd'hui, je prie le saint patron de l'épisiotomie de m'accorder douceur et lubrification, et j'ai pour cela fait une bonne action: j'ai pris rendez-vous pour ma rééducation.
Je me dis que peut-être, une fois le périnée tonique et frétillant, ça ira mieux.

Je viendrais vous raconter le pied que je vais prendre à me faire tripoter en parlant de la météo.
Je vous laisse, j'ai le fondement endolori.


Laurie, et sa putisiotomie