mardi 15 juillet 2014

Le cahier

Mes coquelets en robe du soir,

J'ai des excuses à vous présenter. Je vous ai dit qu'on était là, tous ensemble, et puis je vous lâche, je ne communique plus que par photos mises à la va-vite sur Instagram, entre un saut dans le métro et un tampax qui se barre.

Pardon.

Je suis là, mais plus vraiment. Comme vous le savez, j'ai repris le chemin du travail il y a deux mois maintenant, et j'ai été très étonnée de voir que la quantité de choses à faire dans une journée n'est pas proportionnel au nombre d'heures.
Pour aller bosser, on a dû trouver une nounou. On aurait bien aimé la crèche, mais il aurait fallu que j'inscrive mon futur têtard au moment où mes ovaires commençaient leur travail.
Bizarrement, je n'avais pas trop d'exigences, ce qui m'importait plutôt, c'était le feeling, voir comment se passait la première rencontre avec ma crevette.

Une semaine avant ma prise de poste (on était laaarge), on commençait donc le casting, comme dans The Voice (et dans cet ordre):



Première nounou: Assistante maternelle d'une cinquantaine d'année. Elle a élevé ses 4 filles et pense tout connaître. Pas de lit, pas de parc, pas de jouets. Si, un vieux téléphone d'une bonne vingtaine d'années. Ok, suivante.

Deuxième nounou: A domicile, c'est chouette. Un peu molle, un peu sale, un peu souriante. Ça ne passe pas, non merci.

Troisième nounou: Assistante maternelle, elle a de l'expérience et elle est maman. Elle a une chambre réservée aux petits, du mobilier adapté, je peux lui laisser les purées d'avance à congeler. Elle est bien, elle nous plait, c'est propre, à côté du métro, elle est organisée. MAIS elle nous a préparé un devis, a insisté sur le coût, sur les frais et surtout, n'a pas regardé ma fille une seule fois. Bof, si elle ne voit que le montant de son salaire c'est pas génial.

Quatrième et dernière nounou: A domicile, re-chouette. Elle est jeune mais douce, calme, avec de beaux projets. Elle a de l'expérience, veut passer un diplôme et joue dès le début avec ma fille. On se sent tous à l'aise, c'est la seule avec qui on aura discuté plus de 20 minutes. C'est ok, tu commences lundi.



Après une nuit presque blanche, des ongles rongés et des questions plein la tête, le jour tant redouté arrive: celui de laisser mon bébé. C'est juste affreux, horrible, angoissant.
J'ai culpabilisé comme jamais, j'avais l'impression de l'abandonner. Au moment de partir, je pense lui avoir dit 542 fois "à ce soir bébé, maman revient vite vite, tu lui manque déjà, je t'aime". Elle a eu au moins le double de bisous, et puis j'ai fermé la porte.
Je me suis retrouvée dans l'ascenseur, seule avec mes sanglots. J'ai pleuré sur le chemin, dans le bus et dans le métro. Je suis arrivée pour mon premier jour dans la boîte avec des yeux de grenouille prostituée, et ma phrase de présentation a commencé par "désolée pour ma tête".

Heureusement, la nounou a bien compris que c'était difficile (dur de ne pas comprendre quand quelqu'un se mouche toute les trois secondes à côté de votre oreille) et elle m'a envoyé plusieurs photos, qui m'ont quand même bien rassurée!
Quelque part, je pense avoir bien préparé le terrain: depuis une semaine j'en parlais à ma fille, je lui disais que je ne l'abandonnais pas, que je devais aller travailler pour acheter du lait et des yaourts au chocolat.

Et puis, il y avait le cahier.


Tu le connais, ce cahier de maman angoissée? Celui où tu laisses avec soin tes recommandations, même les plus bêtes et évidentes?
Voilà, donc j'ai mis ce cahier en place.


Sur les premières pages, je l'ai joué soft:
- Nom, prénom (on ne sait jamais), nos horaires, nos numéros...
- Un tableau: Date, Biberons, Selles (c'est important) (non?), Activités, Siestes



































C'est après que ça se complique. J'ai donné quelques "habitudes" qu'on a, comme ne pas stériliser les biberons, le donner à température ambiante... quelques infos (pas d'allergies...), mais après, j'ai carrément expliqué comment donner le biberon. Je l'avoue, 2 mois après, j'ai un peu honte.
























En maman poule et attentionnée, je pensais être la seule à savoir le faire correctement, surtout avec la petite boule de nerfs qu'on a: j'ai préféré détailler à outrance, même son sommeil pour être sûre que quoiqu'il arrive, la nounou puisse trouver la réponse.





Bref, vous l'aurez compris, ma psychose s'en est allée et j'ai retrouvé des yeux boursouflés uniquement par le manque de sommeil et non à cause des larmes.


Et vous, des souvenirs/des peurs des premières fois avec la nounou?



Laurie, maman poule