samedi 1 novembre 2014

Quand y'en a marre, y'a un connard

Mes chapons échancrés,


Aujourd'hui, je vais vous parler d'un sujet sérieux. Oui, je sais, ici on se marre en général, on rigole de nos jambes façon Chewbacca (seulement nos jambes?) et on déculpabilise de la vaisselle qui déborde, mais aujourd'hui, on a un problème.

J'ai un problème, tu as un problème, elle a un problème.

Ce n'est pas de la conjugaison mais une constatation (la belle rime). C'est vraiment quelque chose qui me dérange, me fait peur et me révolte. Je veux parler de ces regards, tu sais, ceux qui sont sales et te déshabillent, ceux qui te donnent des complexes et font hurler la voix intérieure qui te dit que tu n'aurais jamais dû t'habiller comme ça.
Et pourtant ... Pourtant tu n'avais qu'un jean. Un peu moulant, oui, parce que tu aimes bien que ça serre tes jambes et les affine. Tu n'avais qu'un tee shirt, un peu fluide et léger, celui qui te met en valeur et te fait te sentir bien. Celui qui te donne confiance en toi. Tu avais du rose sur les lèvres aussi, celui qui te donne bonne mine après une dure nuit. Tu marches en croisant les jambes, à l'aise dans tes ballerines, parce que tu as toujours marché comme ça. Parce que tu aimes ce rythme et l'allure que ça te donne. Tu sens qu'on te regarde, parfois. Et tu aimes ça, tu te dis que ces femmes qui t'envient, ces hommes qui te désirent ne savent pas. Non, ils ne savent pas que ce matin, tu étais dans un pyjama troué avec tes chaussettes en doudou. Ils ne savent pas non plus que tu as eu du mal à te mettre ce rose sur les lèvres et que tu as failli sortir en chaussons. Ils ignorent que tu as laissé ton petit bout, celui qui est tout pour toi, avec de la brume dans les yeux. Ils te voient toi, rayonnante, marchant au rythme du son que tes écouteurs soufflent dans tes oreilles.



Et puis il y a les autres. Ceux qu'on rencontre tous les jours. Ceux qui ne font plus la différence entre regarder et dénuder, entre draguer et déranger. Entre séduire et violer.
Ce sont ceux-là même qui se collent à toi dès qu'il y a un peu trop de monde dans le métro, ceux qui chatouillent ta cuisse de la main en disant qu'ils n'ont pas fait exprès, ceux qui ne saisissent pas les frontières entre un compliment et une agression.
Ces gens là transforment ton regard. Sur eux, sur toi et sur tout le monde. Tu n'as plus confiance. Finie la jolie danse de tes pieds frôlant le sol à chaque pas. Fini le jean qui met ton fessier en valeur et galbe tes jambes. Fini le tee shirt légèrement transparent et le rose sur les lèvres qui te donne bonne mine.
Tu t'en veux de les avoir provoqués, tu te dis que c'est de ta faute, que tu l'as bien cherché. Et tout à coup, tu te vois toi, vulgaire et excitante avec ton jean serré. Tes fesses dansent et appellent à les suivre. On aperçoit tes seins bouger au rythme de tes pas. Normal qu'on te regarde, tu fais tout pour. Tu marches, là, au milieu de tous avec ce déhanché allumeur, tu passes la main dans tes cheveux, comme si ça ne suffisait pas. Et cette bouche. Cette bouche, elle est faite pour qu'on l'embrasse, tu as d'ailleurs mis du rose dessus pour qu'on la remarque encore plus. Pour qu'on te remarque.


Et puis tu réalises. Tu te révoltes et tu as envie d'exploser. Depuis quand on a le droit de se faire violer du regard, de s'entendre dire des saloperies chuchotées dans la file d'attente, l'haleine lourde et sale. Tu t'habilles toujours plus ou moins de la même façon, tu ne penses pas provoquer. Tu n'as pas le trio vulgos décolleté + mini jupe + talons, et quand bien même, c'est une raison pour se faire agresser? Est-ce que le simple fait de sortir de chez soi constitue un motif valable pour subir ces regards vicieux et écoeurants. Pire encore, est-ce que les autres trouvent ça tellement normal qu'ils ne jugent pas nécessaire d'intervenir?


Je m'inquiète pour la suite. Pour moi, pour ma fille. Je me suis rendue compte du problème quand j'ai compris que chaque matin, je décidais de m'habiller non pas en fonction de mon humeur ou de la météo, mais en fonction du lieu où j'allais et du transport que j'allais utiliser.
J'ai peur, oui. Si c'est ça aujourd'hui, qu'est-ce que ce sera dans dix ans?
J'ai peur de me défendre, de répliquer. J'ai peur de pire que ça. J'ai peur de tout ça, ça me révolte, mais chut, ne disons rien.



PS: Depuis quelques temps, on en parle ENFIN et des actions sont menées. Je ne sais pas si ça changera quelque chose, je ne sais pas si les gens réagiront en voyant ce genre de situation. Je n'en sais rien, mais je sais que si un jour j'ai le cran, j'aimerai beaucoup porter ce tee shirt:

"Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule"
Crédit photo Colère: Nom féminin